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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 10:49

 

Je viens de recevoir l'analyse de Claude Oliviéri sur l'Anglais à l'Université.

Un article écrit pour Le Monde.

Claude Oliviéri a été Conseiller Municipal  lors de la précédente Municipalité. Il s'était présenté comme tête de liste avec Jean Pierre Luquand.

Malgré nos différences d'ordre politique nous avions sympathisé.

Au début de ce mandat il avait été nommé responsable du site de la Commune (www.ville-de-solliès-pont.fr).

Poste qu'il a abandonné pour des raisons de santé et a été remplacé par René Long correspondant de Var-Matin dans notre commune.

André Duhamel

Ancien Maire de Solliès-Pont  (1995-2001) 

 

La langue du labo n'est pas celle des amphis Contrairement à ce que prétendent les défenseurs du projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche, et une grande partie des médias qui relaient avec beaucoup de légèreté un projet dont ils ne semblent pas avoir bien mesuré les inconséquences, si l’anglais a sa place à l’université, cette place ne peut pas être celle du français !

 

Un constat : l'idée de transmettre le savoir en une langue étrangère - promue au rang de langue universelle de la science - semble recueillir une majorité de suffrages dans les milieux scientifiques.

 

L'explication ne viendrait-elle pas du fait que ceux-ci confondent la langue des échanges et de la recherche avec celle de l'enseignement ? La langue du labo n'est pas celle des amphis ! Ajoutons que ce n’est pas en généralisant l’usage de l’anglais dans les universités (ne parlons que de cette langue puisque le faux-nez du multilinguisme a été laissé au vestiaire) qu’on va combler le retard entre celles-ci et les grandes écoles.

 

S’il y a une hypocrisie, c’est de le laisser croire ! J'entends dire par certains que tous les enseignements ne seront pas concernés. Soit ! mais qui peut imaginer qu'on aura les moyens de dédoubler les cours pour les dispenser à la fois en anglais et en français ? Quoi qu'on en dise, les enseignements en français sont bien menacés.

 

Une interrogation : combien de professeurs seront-ils capables d'enseigner correctement leur discipline en anglais ?

Et combien d'étudiants seront-ils en mesure de suivre de tels cours ?

Ne risque-t-on pas de se retrouver dans cette situation ubuesque des enceintes internationales où les interprètes s'arrachent les cheveux face à la langue bizarre dans laquelle des non native speakers croient faire illusion ?

 

La rigueur scientifique ne peut s'accompagner d'une langue approximative. Souvenons-nous de Camus : "mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde"... Un doute : si le but est d'attirer dans nos universités des étudiants étrangers, on peut se demander quel intérêt ils auraient à venir en France plutôt que dans une université anglophone.

La science ambitionne d'avoir une valeur universelle, mais on oublie un peu vite qu'on n'invente pas les mêmes choses dans toutes les langues, tout simplement parce que chacune appréhende différemment la réalité.

 

Le danger de bunkérisation me semble plutôt résider dans la vision uniformisante que dans la prise en compte de la diversité des approches culturelles.  Une inquiétude enfin : comment sera perçue cette décision par les pays francophones, qui continuent encore - mais pour combien de temps ? - à voir dans le français une langue porteuse de valeurs universelles, et dans l'université française une institution où les exigences de qualité priment sur les attraits du marketing ?

 

Claude Oliviéri 

 

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